MEMO au CID Grand-Hornu : quand la mémoire devient acte de résistance

Au cœur du Hainaut, dans l’ancien charbonnage reconverti du Grand-Hornu, se tient jusqu’au 30 aout 2026 une exposition qui ne ressemble à aucune autre. MEMO, c’est 13 artistes et designers internationaux qui transforment la mémoire en arme contre l’oubli. Une expo qui bouscule autant qu’elle émerveille.

En vidéo sur le compte TikTok de Enfiletonsac et j’ai lancé un compte instagram.

Une exposition née d’une vidéo troublante

L’idée de MEMO est partie d’une vidéo devenue virale lors de la COP26. On y voyait Simon Kofe, ministre des affaires étrangères de Tuvalu, debout dans l’eau jusqu’aux genoux. Derrière lui, un paysage de palmiers qui semblait bien réel. Puis la caméra recule et on découvre la vérité : tout est digital, complètement artificiel. Tuvalu, cet archipel du Pacifique, sera submergé d’ici 2050. Alors le gouvernement numérise tout, la langue, les costumes, les savoir-faire, pour sauver leur culture dans le métavers.

C’est à la fois fascinant et glaçant. Et c’est exactement cette tension que MEMO explore : comment garder trace de ce qui disparaît quand les paysages se transforment, les espèces s’éteignent, les cultures se dissolvent ?

Pour aller plus loin : VIDEO : Climat : l’avenir des îles Tuvalu est-il dans le métavers ? – Le Dessous des images – ARTE

Un parcours qui réveille les sens

Ce qui frappe dès qu’on entre au CID Grand-Hornu, c’est que cette expo ne se contente pas de se regarder. Elle se touche, elle s’écoute, elle se ressent. Les curateurs Laura Drouet et Olivier Lacroze ont vraiment pensé l’expérience de manière sensorielle.

J’ai particulièrement adoré trois projets :

Suzanne Husky et l’effet castor :
Son installation sur les castors n’est pas juste une jolie représentation d’animaux mignons. Elle vous plonge littéralement dans l’écosystème que créent ces bâtisseurs. On comprend physiquement, avec son corps, que quand les castors disparaissent, c’est tout un équilibre hydrique qui s’effondre. En France, ils ont été chassés jusqu’à presque disparaître au début du 19e siècle. Aujourd’hui, leur retour permet de restaurer les zones humides qui sont des refuges essentiels pour d’autres espèces.

Pour aller plus loin : VIDEO – Amplifier la vie avec les castors ! avec Baptiste MORIZOT et Suzanne HUSKY
VIDEO – Alliance avec le Peuple Castor Face au Changement Climatique

Fernando Laposse et les coulisses de l’avocat :
Vous adorez le guacamole ? Fernando Laposse vous montre ce qu’il y a derrière. Au Mexique, 98% des avocats importés aux États-Unis proviennent du Michoacán, où les forêts sont rasées pour laisser place à des plantations intensives. À travers des matériaux expérimentaux et une documentation photographique, il rend visible ce qu’on préfère ignorer quand on croque dans notre toast. C’est nécessaire.

Pour aller plus loin. : VIDEO – Fernando Laposse Presents Conflict Avocados | The World Around Summit 2023

Les papillons monarques en déclin :
Une installation simple, un papillon sous vitre, documente la chute vertigineuse des populations de papillons monarques, en baisse de 80% entre 2006 et 2018. La cause ? L’utilisation massive de pesticides sur le continent américain.

Pour aller plus loin : VIDEO – Pourquoi le papillon monarque risque de disparaître
ARTICLE EN – Pyrethroid insecticides implicated in mass mortality of monarch butterflies at an overwintering site in California

D’autres œuvres qui marquent

L’exposition rassemble des projets venus du monde entier, chacun ancré dans un territoire spécifique.

Sally Ann McIntyre nous fait entendre le silence d’un oiseau disparu. Le Huia, endémique de Nouvelle-Zélande, a été déclaré éteint en 1923 après la colonisation. L’artiste a créé un dispositif sonore qui reconstitue le chant de cet oiseau à partir d’archives et de notations musicales occidentales. C’est troublant d’écouter le fantôme sonore d’une espèce qu’on ne reverra jamais.

Félix Blume a enregistré les récits de pertes imminentes sur trois continents. De l’Allemagne à Porto Rico en passant par le lac d’Atitlán au Guatemala, il capte les voix de ceux qui voient leur environnement se transformer. Les témoignages sont d’une puissance incroyable, portés par les habitants eux-mêmes qui racontent ce qui est en train de disparaître sous leurs yeux.

Cian Dayrit, artiste philippin, cartographie les injustices hydriques. Aux Philippines, la construction de barrages hydroélectriques a provoqué des bouleversements violents pour les communautés rurales et autochtones. Son travail de contre-cartographie, réalisé à partir de textiles et de traditions orales, donne la parole à ceux qui subissent ces grands travaux. C’est à la fois un témoignage critique et un espace pour se réapproprier les histoires qu’on a voulu faire taire.

Bubu Ogisi, avec sa marque IAMISIGO, relie les générations à travers le tissu d’écorce de l’arbre Mutuba en Ouganda. Ce tissu d’écorce, inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, est porté par la famille royale et les chefs spirituels ougandais. En 2005, il a failli disparaître, mais grâce aux efforts de préservation, il renaît. Bubu Ogisi l’intègre dans sa collection de mode contemporaine, mêlant traditions ancestrales et création actuelle.

Liselot Cobelens aborde le traumatisme collectif provoqué par les incendies aux Pays-Bas. Entre 2017 et 2022, une série d’événements catastrophiques a frappé le parc national du Deurneese Peel, dont 3887 hectares ont brûlé le 20 avril 2020. Son installation prend la forme d’un tapis composé de huit combinaisons de couleurs différentes, brûlé au chalumeau. C’est une cartographie du trauma qui témoigne d’une prise de conscience face à la destruction de l’environnement.

Alexis Foiny a recréé les couleurs d’une fleur disparue. En s’appuyant sur un herbier du Muséum national d’histoire naturelle de Paris datant de 1830, il a redonné vie visuellement à l’Astria rosea, une plante extrêmement rare dont les spécimens conservés dans les institutions muséales ne gardent plus les couleurs d’origine. C’est un travail délicat sur la beauté et le pouvoir de séduction de la plante, qui contribue à son extinction.

Le Grand-Hornu, un écrin exceptionnel

Franchement, le lieu ajoute une couche supplémentaire à l’expo. Le CID Grand-Hornu, c’est un ancien site minier inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Voir des œuvres sur la transformation des paysages et la disparition d’écosystèmes dans un bâtiment qui témoigne lui-même d’une révolution industrielle passée, ça crée une résonance particulière.

L’architecture est magnifique, les salles se prêtent parfaitement aux installations, et si vous n’avez jamais visité le Grand-Hornu, c’est vraiment l’occasion idéale de découvrir ce joyau du Hainaut.

Une expo qui assume son engagement

Ce qui m’a plu avec MEMO, c’est que ce n’est pas catastrophiste. Oui, les sujets sont lourds, la crise environnementale est bien réelle, mais chaque projet montre des gens qui agissent. Des designers qui construisent de nouvelles mémoires collectives, qui réinventent nos liens au vivant, qui transforment le deuil en création.

Mon ressenti personnel

On ne sort pas de cette expo en sifflotant. Clairement, tout ce qu’on y voit a un impact sur l’invite à la réflexion Mais c’est exactement pour ça qu’elle est importante. Dans un monde où on scroll des infos catastrophiques entre deux vidéos de chats, MEMO force à s’arrêter, à regarder vraiment, à ressentir ce qui est en train de se perdre. Peut-être que vous penserez que tout cela est négatif, moi j’y vois de l’espoir et des initiatives à connaître et à partager. Voir des artistes et des designers qui se battent, qui créent, qui refusent l’impuissance, ça redonne de l’énergie.

Infos pratiques

Exposition MEMO au CID Grand-Hornu
Jusqu’au 30 aout 2026
Site ; https://www.cid-grand-hornu.be/fr/expositions/memo

Horaires
Du mardi au dimanche
Fermé le lundi

Tarifs
Adultes : 10 euros, 6 euros senior, 2 euros enfants
Gratuit le premier dimanche du mois
Réductions pour étudiants, seniors, groupes

Adresse
CID, Centre d’innovation et de design
Rue Sainte-Louise 82
7301 Hornu (Mons)

Accès
En voiture : Parking gratuit sur place
En train : Gare de Mons, puis bus 7 direction Hornu
Le site est accessible PMR

Bon à savoir
Vous pouvez coupler votre visite de MEMO avec la découverte du site du Grand-Hornu (compris dans le billet d’entrée) qui comprend d’autres expositions d’art contemporain. Prévoyez minimum 2h pour l’expo MEMO surtout si vous regardez les vidéos.

Mon conseil
Allez-y en semaine si possible, vous aurez plus de temps pour vous imprégner de chaque œuvre sans la foule du weekend et faire le tour de tout le site.

En résumé

MEMO, c’est une expo qui ose parler de sujets difficiles sans tomber dans le catastrophisme. C’est une invitation à réfléchir à notre rapport au vivant, à la mémoire, à ce qu’on laisse derrière nous. Et c’est surtout une belle démonstration que l’art et le design peuvent être des outils puissants de résistance et d’espoir.

Si vous cherchez une sortie culturelle qui sort des sentiers battus sur un point de vue responsable, qui vous fait voir le monde autrement, et qui valorise un patrimoine wallon exceptionnel, foncez au Grand-Hornu avant le 30 aout.

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